Mon parcours et ma démarche artistique
Née en 1961 dans le Nord de la France, région textile, je découvre très tôt le tissage, première source d’inspiration. Mon parcours artistique se nourrit ensuite de voyages et de rencontres. En Turquie, les fils de laine laissent place aux papiers donnant naissance à mes premiers décors imaginaires.
Les voyages en Afrique inspirent une série consacrée à la grâce des femmes, tandis que mes années passées au Caire enrichissent mon travail de matières, de couleurs et aussi de mouvement, avec la pratique de la danse de tournoiement.
Aujourd’hui installée à Lyon, ville de la soie, mon univers mêle mémoires textiles, influences orientales et paysages intérieurs. Jardins de papiers, architectures imaginaires composent un travail sensible où nature et poésie occupent une place grandissante.
Ma pratique naît d’un geste simple collecter et glaner papiers, perles, tissus, fils, végétaux, fragments et résidus porteurs de la mémoire de mes passages, ils deviennent le terreau de mes oeuvres. Je les dépose de manière intuitive , dans une danse improvisée où le hasard, l’élan et l’organique tiennent une place centrale,
Recouvrir, froisser, coller, gratter… la matière est abordée par le geste, la sensualité, le toucher.
Les tableaux se construisent en strates, en superpositions comme des palimpsestes où les matières s’interpénètrent, se juxtaposent, se répondent. De l’accumulation apparaît peu à peu une cohérence, une harmonie extraite du chaos.
Mon travail s’inscrit dans une logique cyclique: chaque collage porte les germes du suivant. Les matières se recyclent, transforment continuent à vivre au sein de nouvelles compositions.
Traboules d’ici et d’ailleurs
Ce sont des lieux mystérieux, des passages obscurs, une vie secrète qui se dévoilent sous de faux atours. Revêtue de parures orientales, Lyon se révèle et se dérobe, à demi dissimulée sous la coquetterie baroque d’un masque vénitien.
C’est aussi une porte d’entrée vers les arcanes du vieux Lyon, où s’enroulent et se déroulent des spirales de traboules en de vastes labyrinthes, anamorphoses emportées par la danse tourbillonnante d’un facétieux derviche, entre rêve et réalité.
La création est une naissance, le voyage une renaissance. Des certitudes se perdent, des relations se nouent, de nouvelles perceptions émergent. Sur la trame d’une mémoire magnifiée, les lieux et les rencontres se tissent, s’imbriquent, se combinent en un entrelacs de matière et de couleurs qui se répondent dans un langage universel, rencontre de l’espace et du temps.
Le monde de la soie est un monde magique fait d’itinérances et d’horizons lointains, de rêves de voyages, au départ d’une route mythique vers les pays des tapis volants. L’artiste en a connu certaines escales comme autant d’ancrages temporaires, porteurs d’une mémoire sans cesse enrichie, où s’agrègent les sensations pour faire naître de nouveaux univers. Le mystérieux cheminement des traboules émerge soudain à la lumière d’une cité indienne, où s’accrochent encore quelques fragments de matières et de couleur, glanés dans des vies antérieures sur les marchés de Turquie, d’Egypte ou d’ailleurs.
Emportés dans cet élan, les fragments se mettent en mouvement, les tesselles de perles, de papier et de tissu deviennent mosaïques, une harmonie émerge d’un chaos apparent, un monde imaginaire s’invente au gré des déambulations. Détournées, démontées, retaillées, les photos et les matières perdent leur fonction première, qu’elle soit utilitaire ou refuge de la mémoire, pour ouvrir de nouvelles découvertes, de nouvelles perceptions, et inviter à porter un regard neuf, parfois candide, sur un univers quotidien que l’habitude a dépouillé de sa fantaisie.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier. Par ses matières recyclées, par son regard poétique sur des univers en éternelle transformation, par sa convergence de mondes à la fois proches et éloignés, par son ouverture vers les beautés de l’Orient, le travail d’Anne-Françoise Giraud nous invite à nous plonger dans ces métamorphoses, et laisser jaillir un regard neuf sur de nouvelles éclosions.
Mars 2019 -PG
Les collages narratifs d’Anne-Françoise Giraud
Leur gamme colorée emprunte à l’Orient ses Rose tyrien, Jaune safran ou Jaune soufre, Ocre jaune, Orange orange, Bleu de Lapis-lazuli, Turquoise…
Leur format évoque le tapis, ou le chemin de table. Des carrés, des rectangles, s’agencent. On pense patchwork, mais un patchwork qui transgresserait la logique géométrique du patchwork. Car s’il y a une règle souterraine, elle s’inscrit d’elle-même dans la composition où s’attarde une mémoire transfigurée.
Les collages d’Anne-Françoise Giraud sont narratifs. Et ils réveillent en nous un imaginaire de conte oriental, avec des minarets, des clochers, des rotondités… Porches, arcades, escaliers, traboules, invitent à la promenade, mais les volumes sont trompeurs et les chemins se perdent dans un espace saturé de sensations, de réminiscences furtives, de l’Egypte et de la Turquie où Anne-Françoise vécut de nombreuses années. Des femmes, flammes noires, toujours vues de dos montent un escalier, se dirigent vers une porte où elles vont disparaître… et s’inscrire comme autant de palimpsestes d’un passé jamais complètement recomposé, qui garde son mystère.
Dans l’exploration de cet univers textile, féminin, Anne-Françoise consacre le règne de l’ornement : passementerie, éternité des boites à boutons, des fonds de tiroirs, des bijoux en fin de parcours : galons, festons, dentelles, éclats d’or ou de cuivre, bimbeloterie, fanfreluches, à quoi s’accroche – et se résume parfois – l’histoire des femmes…
Et dans cette sédimentation qu’est l’art du collage elle tire des fils réels ou symboliques et relie tous ces mondes qui s’inscrivent entre trame et chaine.
Et l’on s’attarde dans la contemplation de ces moments de vie, réelle ou imaginaire, où plane comme une invitation au voyage…
Le 14/05/2020
Brigitte David
Journaliste, a travaillé pour des revues d’architecture, d’art, de graphisme et de décoration… L’Architecture d’aujourd’hui, Graphis (USA), etc.
